Mes refuges. 1. La nature
J’ai plusieurs refuges qui m’aident à garder ma verticalité dans des moments difficiles ou intenses. Je dissous mon monde émotionnel dans une résonance avec l’art, que ce soit un film, une chanson ou une musique, ou un livre. Je suis un pitbull de la connaissance de soi pour nommer ce que je vis. J’ai développé ma propre manière de vivre une mystique sans dogme pour garder du mieux que je peux un équilibre que je sais précaire. Et la nature décharge et régénère l’énergie épuisée de mon corps.
Quand on clôture une période intense dans notre vie, il y a toujours un moment de flottement où on se dit : « Ouh, c’est fini, wouah. » Et une décompression s’abat sur nous, normale et naturelle, parce que le corps physique, le corps mental et le corps émotionnel, ont grand besoin de ce relâchement pour se régénérer.
Le premier mars, après cinq semaines statiques, j’avais un besoin urgent de me ressourcer en nature. Ce dimanche après-midi, tenant à peine debout, je suis partie dans les bois.
Mes pieds s’efforçaient de guider mes jambes flageolantes. J’avançais à petits pas, me concentrant sur le mouvement de chaque jambe, sentant le sol pour y poser un pied ferme. J’étirais mon échine et moulinais les bras pour détendre mes épaules et ma nuque. Mon corps n’était qu’une contracture à déplier en douceur. Pourtant, à peine enfoncée de cinquante mètres dans le bois, j’ai des idées qui déboulent. J’attrape mon téléphone et je lui confie tout ce que je capte. Il se passe quelque chose d’absolument… – je ne trouve même plus les mots –, « hallucinant », « impressionnant », « incroyable », « amazing », « huge », … ? Parce que là, je suis dans un état de fatigue hallucinante, et pourtant, je reçois tout ce message qui se déverse. Si ça, ce n’est pas « l’hallu totale », franchement, je ne sais pas ce que c’est.
Jusqu’à ce que la batterie m’arrête vingt-cinq minutes plus tard. Comme si l’univers me disait : « C’est bien, mais stop. Maintenant, tu te connectes, tu respires, et tu marches. » Alors j’ai marché. En marchant dans le silence, j’observais, j’écoutais et je humais l’air.
En déambulant, je suis arrivée dans la hêtraie. J’adore les hêtres, leurs allures élancées, leurs écorces lisses. Mais j’aime aussi les saules pleureurs, les bouleaux, les châtaigniers et les poiriers, – ces deux derniers pour leurs fruits, mais aussi pour leurs allures. J’ai regardé les hêtres, j’en ai choisi un de taille moyenne et j’ai posé les mains dessus. Juste les mains. Juste pour voir si je sentais encore quelque chose. Sentir l’énergie des arbres nettoyer la vôtre est divin. Ensuite, je me suis dirigée vers un plus jeune et je l’ai enlacé. J’entendais les battements de mon cœur se réverbérer sur l’écorce et revenir sur ma cage thoracique. L’apaisement montait en moi. Enfin, je me suis adossée au troisième, énorme et immense. Contre lui, ma fatigue s’est évanouie lentement, mes battements se sont ralentis, ma respiration s’est calmée, puis fluidifiée, et ma régénération s’est enclenchée. Je suis restée un bon moment avec eux dans leur cercle. Quand mon corps s’est redressé plus léger, j’ai repris la marche.
Poser un pied dans la forêt, c’est un acte qui dit : « Je me fais un cadeau après cet effort impressionnant, je relâche la pression, je prends soin de moi. » Je m’offre ce qui me transporte vers la joie. Et malgré l’état de fatigue, voilà tout ce que je reçois. Oui, je reçois. Je reçois ces odeurs. Je reçois ces petits chants d’oiseaux. Je reçois ce vert apaisant de la forêt. Je reçois par tous les pores de ma peau. Et je dis merci. Oui, je dis merci. Merci de pouvoir marcher dans la forêt, parce que ce n’est pas le cas pour tout le monde. Merci de pouvoir respirer. Je me dis merci d’avoir tenu cinq semaines de folie. De ne pas être restée paralysée dans le canapé, comme je peux facilement le faire, je vous assure. Non. Là, c’était trop important, trop nécessaire.
Au final, j’y suis restée deux heures. En sortant, je me suis dit que je reviendrai bien vite. La crispation s’était envolée. Je me sentais déchargée et régénérée. Comme lavée intérieurement. Mais je n’ai pas encore trouvé mon rythme entre l’écriture, mes activités professionnelles et ces moments de reconnexion trop peu nombreux. Parfois, elle m’appelle. Je l’entends mais je n’y réponds pas. Si l’écriture est urgence, la forêt, elle, est patience. Je sais qu’elle sera toujours là. Et comme l’écriture, elle m’est vitale.
Artemis Richards
Digne et debout, malgré tout.
Catégorie : Pilier Intérieur
artemisrichards.com
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Tellement !
La vie qui nous entoure, cet écrin dans lequel nous nous trouvons, cette nature qui ne demande rien et offre tout, c’est tellement ressourçant.
J’aime également me balader pieds nus dans les herbes, cheminer dans une forêt en admirants la vie qui s’y cache.
Cela me fait du bien.
Cela m’apaise.
Cela me ressource.
A quand une balade en nature autour d’un de tes récits ?